– en salles depuis le 8 juillet 2026 –
Pas loin de trois ans après avoir ridiculisé bon nombre de ses comparses hexagonaux désireux de faire du vrai cinéma de genre, Sébastien Vaniček traverse l’Atlantique pour s’offrir son premier grand terrain de jeu américain. Et pas n’importe lequel : celui d’Evil Dead. Une marche immédiate vers Hollywood, mais surtout une occasion rêvée de vérifier si le Frenchie de Vermines allait conserver ses crocs une fois plongé dans le grand bain. La réponse est oui. Et elle est même particulièrement réjouissante.
L’histoire : Après l’enterrement de son mari, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille pour partager un dernier repas à sa mémoire. Mais la réunion familiale bascule dans l’horreur lorsque ses proches se transforment, l’un après l’autre, en créatures démoniaques. Confrontée à cet enfer, Alice découvre que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.
Notre avis :
De Vermines à un bon coup de Ash
Vermines n’était pas seulement un premier long métrage réussi. C’était une carte de visite. Celle d’un réalisateur capable de faire du genre avec une maîtrise suffisamment affirmée pour attirer l’attention de cinéastes tels qu’un certain… Sam Raimi ! Le bonhomme ne s’y est d’ailleurs pas trompé. La légende veut que les premiers échanges entre les deux hommes aient porté sur la manière dont le jeune réalisateur français avait capté le son de la désormais culte scène de la salle de bains de Vermines. Une anecdote qui dit finalement beaucoup de choses : chez Vaniček, la technique n’est jamais séparée du plaisir de mise en scène.
Il faut dire que le film de 2023 avait de quoi attirer l’œil. Dans cet immeuble d’une cité HLM où les habitants doivent s’organiser pour survivre à une invasion d’araignées, le cinéaste ne se contentait pas d’appliquer mécaniquement les recettes du film de monstres. Il imposait déjà un rythme, une physicalité, une manière de faire circuler la peur dans l’espace et, surtout, une véritable personnalité derrière la caméra. Vermines avait beau être un film de genre français à budget contenu, il possédait cette qualité devenue suffisamment rare pour être immédiatement repérée : il avait été pensé comme du cinéma, pour le cinéma !
Alors, forcément, lorsque la proposition américaine arrive, le scénario paraît idyllique. Un jeune réalisateur français remarqué sur son premier film, Sam Raimi dans les parages, et la possibilité de prendre en main une franchise aussi mythique qu’Evil Dead. Mais l’histoire du cinéma regorge de ces passages de frontière qui se sont transformés en naufrages. Combien de réalisateurs français, fraîchement débarqués aux États-Unis, ont découvert que la réussite d’un film personnel ne garantissait en rien la capacité à travailler dans une industrie étrangère, avec ses méthodes, ses contraintes et ses différences culturelles ? La barrière de la langue n’est d’ailleurs parfois que le symptôme visible d’un problème plus profond : on ne filme pas nécessairement en Amérique comme on filme en France.
Les contre-exemples existent heureusement, et certains sont même devenus des références. Il suffit de regarder du côté d’Alexandre Aja et de sa superbe Colline a des yeux, déjà vieille de vingt ans, pour constater qu’un cinéaste français peut parfaitement s’emparer d’un matériau américain sans y perdre son identité. Vaniček s’inscrit désormais dans cette tradition.
Car les premières images d’Evil Dead Burn dissipent rapidement la crainte d’une simple commande de studio. Le film est certes une nouvelle étape dans la mythologie Evil Dead, mais Vaniček semble surtout y voir ce qu’il a recherché : un gigantesque bac à sable cinématographique. Un espace où il peut pousser plus loin sa méthode clairement perceptibles dans Vermines, expérimenter à une échelle supérieure et, surtout, livrer au spectateur ce que le genre lui promet.
C’est là que le passage de Vermines à Evil Dead Burn devient intéressant. Vaniček ne change pas de nature parce qu’il change de pays. Il change d’échelle. Et cette nuance est essentielle : derrière le Frenchie propulsé dans l’industrie américaine se trouve toujours le même metteur en scène, avec le même goût du mouvement, du bruit et du spectacle. Sauf qu’ici, le bac à sable est devenu immense.

Le cinéma de genre, sans garde-fou
Certains détracteurs affirment qu’Evil Dead Burn serait une simple « redite ». Mais c’est sans compter sur la propension de Sébastien Vaniček à transformer un cahier des charges en shoot d’adrénaline, où le talent de mise en scène suffit à supplanter une bonne partie de la production horrifique estivale. Le cinéaste ne cherche jamais à réinventer artificiellement la formule : il l’embrasse et surtout, la filme avec une générosité qui force le respect.
L’équipe française qui entoure le papa de Vermines apporte au projet une texture singulière. La photographie de Philip Lozano joue constamment des contrastes et des oppositions entre clair et obscur, comme dans cette scène de baiser dont l’éclairage brut révèle toute l’ambivalence. Les créatures bénéficient elles aussi d’un traitement particulièrement soigné, à base d’effets pratiques qui permettent aux monstres de véritablement exister dans le cadre. Le père de famille, par exemple, devient progressivement une présence monstrueuse dont la matérialité participe pleinement au plaisir du spectacle.
L’une des véritables claques assénées par le film réside dans sa capacité à aller franchement au bout du carnage. Un gros plan particulièrement carnassier sur de la viande découpée semble d’ailleurs annoncer très tôt cette intention comme une véritable note de mise en scène. L’approche est ultra-bourrine, certes, mais génialement filmée. Elle accouche naturellement de ce fameux côté forain que le projet réclame : Evil Dead Burn veut être un spectacle qui déborde, qui éclabousse, qui surprend et qui amuse.
Le métrage multiplie ainsi les payoffs particulièrement payants — sans mauvais jeu de mots — que Vaniček s’amuse tantôt à désamorcer, tantôt à résoudre par l’inattendu. Il comprend parfaitement que le plaisir du cinéma de genre réside aussi dans l’attente du spectateur : savoir ce qu’il espère voir, puis trouver le moyen de lui donner davantage que ce qu’il attendait.
Evil Dead assume ainsi pleinement sa dimension de splatter généreux, sans jamais se satisfaire de sa propre suffisance intellectuelle. Armé d’une héroïne véritablement badass — une femme elle-même détruite qui trouve dans la violence une manière de reprendre les clés de sa propre existence — le film s’inscrit dans son époque sans jamais donner l’impression de cocher mécaniquement les cases « attendues » par un tel ou un tel (les cautions de la bienséance). Quoi qu’il en soit, Vaniček assume sa posture. Une délicieuse autocitation, où une petite araignée est littéralement écrasée, suffit à rappeler qu’il n’a pas oublié d’où il vient… et où il va !

Le grand huit
Pendant près de deux heures, Evil Dead Burn ne laisse pratiquement aucun répit. La violence y est frontale, généreuse, parfois franchement « crade », mais toujours mise en scène avec une jubilation communicative. Vaniček alterne le viscéral, l’humour, les respirations plus graves et les moments d’émotion sans jamais donner l’impression de perdre le contrôle de sa machine. C’est cette capacité à faire passer le spectateur du rire au malaise, du dégoût à l’attachement, puis à une forme de catharsis libératrice, qui donne au film son étonnant pouvoir de séduction. Le grand huit émotionnel semble même être l’un des objectifs assumés du duo Vaniček/Bernard !
Le monstre que devient le père de famille participe de cette logique. Sa silhouette, ses déambulations, son corps progressivement mutilé et son apparence semblent parfois sortir tout droit d’un jeu vidéo horrifique ; de l’univers d’un Resident Evil. Vaniček reconnaît d’ailleurs volontiers ne pas être le cinéphage du duo qu’il forme avec Florent Bernard. Il est davantage un touche-à-tout, un amoureux de la technique, dont la consommation culturelle large constitue finalement le symptôme d’une époque. Dès lors, voir dans certaines compositions très iconiques une déférence envers la culture geek contemporaine, du gaming au cinéma de genre, n’a rien d’incongru. Seul le principal intéressé pourrait évidemment confirmer cette lecture, mais certaines images semblent volontairement convoquer cet imaginaire collectif.
D’ailleurs, pour rester sur le personnage du père, celui-ci donne naissance à l’une des séquences les plus charnelles et les plus déviantes du film, et prolonge cette logique de montagnes russes émotionnelles que Vaniček semble affectionner. En résumé, Evil Dead Brun est un spectacle qui tâche. Un pendant de live horror show, pensé pour être éprouvé physiquement dans une salle obscure. En cela, le projet se situe à l’exact opposé d’une certaine tendance de l’horreur française contemporaine qui, à force de vouloir penser le genre, finit par oublier de le filmer. Vaniček, lui, filme. Il assume le spectaculaire, le gore, les effets de manche, les coups de boutoir et les plaisirs régressifs du cinéma d’horreur. Mais il les filme avec une véritable personnalité. C’est peut-être cela, au fond, la French touch qui compte : parvenir à imposer une sensibilité française au cœur d’une grosse machine américaine sans jamais donner l’impression de forcer le trait (l’utilisation de La Chanson des vieux amants est un tour de force).
Si l’ont tient compte du fait que le dernier grand pas de côté imposé au genre horrifique (balisé par les studios) fut l’excellent Send Help — d’un dénommé Sam Raimi — il faut savourer ces quelques heures de cinéma rentre-dedans, généreux, viscéral et profondément amoureux de son médium. Vaniček connaît parfaitement les règles, connaît les attentes et, surtout, sait quand les respecter et quand les tordre légèrement pour y imprimer sa marque.
Evil Dead Burn. ne confond jamais ambition et prétention. Il rappelle que le cinéma de genre peut être intelligent sans cesser d’être jubilatoire, spectaculaire sans devenir impersonnel, et viscéral sans renoncer à une véritable mise en scène. Il faut le redire : Sébastien Vaniček avait déjà prouvé avec Vermines qu’il savait filmer le genre. Avec Evil Dead Burn, il démontre qu’il sait désormais le faire à l’échelle d’une machine hollywoodienne sans perdre ce qui faisait la singularité de son premier film.
Un grand huit horrifique, généreux, brutal et joyeusement décomplexé… Evil Dead Burn est, sans doute aucun, le film d’horreur de cet été 2026 !
« La confiance de Sam Raimi m’a fait chaud au cœur. »
Sébastien Vaniček

