The Blues Brothers - critique du film

The Blues Brothers – Petit coup de blues ? La critique

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– Disponible sur Prime Video en location –

1978. John Belushi et Dan Aykroyd reprennent Soul Man sur le plateau du Saturday Night Live. Deux ans plus tard, John Landis transforme ce simple sketch musical en un long métrage devenu mythique. Comment un « délire » télévisuel a-t-il pu donner naissance à l’un des films les plus libres et les plus euphorisants du Nouvel Hollywood ? La réponse tient sans doute à une alchimie que le cinéma mainstream d’aujourd’hui peine encore à retrouver… voire n’y parvient tout simplement pas !

L’histoire : Dès sa sortie de prison, Jake Blues est emmené par son frère Elwood chez Soeur Mary Stigmata, qui dirige l’orphelinat dans lequel ils ont été élevés. Ils doivent réunir 5 000 dollars pour sauver l’établissement, sinon c’est l’expulsion.

Notre avis :

Le chaos comme méthode

1979. Steven Spielberg réalise 1941 avec John Belushi. Deux ans plus tard, il livre Les Aventuriers de l’Arche perdue. Nous sommes alors au sommet de cette période bénie où les cinéastes du Nouvel Hollywood imposent encore leur vision au cœur du système des studios pilotant l’Entertainment. The Blues Brothers appartient pleinement à cet âge d’or. Produit par Spielberg, porté par Belushi et Dan Aykroyd, le film de John Landis apparaît aujourd’hui comme le témoignage d’une époque où les grands succès populaires pouvaient encore naître d’une liberté créatrice que l’industrie contemporaine, gouvernée par une logique de validation par checklist permanente, semble avoir largement oubliée.

À première vue, pourtant, rien ne destinait le projet à entrer dans l’histoire. Son intrigue tient sur quelques MacGuffin expédiés sans véritable structuration, sa progression narrative relève souvent du prétexte et son humour cultive volontiers un goût assumé pour l’excès. Mais c’est précisément là que le film se dérobe aux intentions initiales de ses auteurs. À mesure qu’il avance, The Blues Brothers cesse d’être seulement le film de John Landis pour devenir celui d’une troupe entière. Une œuvre collective, nourrie des personnalités de chacun de ses artisans, où le réalisateur agit moins comme un auteur solitaire que comme le chef d’orchestre d’un immense groupe de musiciens. Le résultat possède alors la spontanéité d’une improvisation blues : désordonnée en apparence, parfaitement maîtrisée dans ses effets.

En plein tournage d’une scène nocturne, John Belushi disparaît. Dan Aykroyd le retrouve finalement… endormi sur le canapé d’inconnus, après leur avoir demandé un verre de lait et un sandwich. Depuis cet épisode, Aykroyd le surnomma affectueusement « l’invité de l’Amérique ». © Splendor Films

Partition populaire

Cette richesse collective éclate dans chaque séquence. L’inoubliable passage chez Ray Charles résume à lui seul l’ambition du film : faire dialoguer plusieurs générations d’artistes, plusieurs traditions musicales, plusieurs formes de spectacle populaire au sein d’un même mouvement. Sur le papier, un tel assemblage pouvait facilement sombrer dans le catalogue ou le fourre-tout nostalgique. D’autant que le point de départ relève d’un pur délire : deux frères persuadés d’être investis d’une mission divine après avoir « vu la lumière ». L’anecdote est d’ailleurs célèbre : le Vatican ira jusqu’à reconnaître le caractère profondément spirituel de leur quête. De quoi faire croire, à tort, que The Blues Brothers céderait à une forme de cagotisme propre à certains divertissements américains.

Il n’en est rien. Parce que Landis et son équipe prennent systématiquement le contre-pied de cette lecture. Spielberg apporte son goût du spectaculaire en convoquant une improbable armée de néonazis. Carrie Fisher surgit comme un véritable cartoon destructeur. Belushi et Aykroyd injectent dans l’ensemble leur passion viscérale pour le rhythm’n’blues, la soul et le rock, faisant du film un formidable carrefour culturel où la musique devient le véritable moteur dramatique. Chaque apparition, chaque caméo, chaque numéro musical participe d’une même célébration de la culture populaire américaine, jamais muséifiée, toujours vivante.

Sur le tournage, John Belushi était surnommé « The Black Hole » : il égarait tellement de paires de lunettes de soleil qu’il en consomma des centaines au fil de la production. © Splendor Films

Rhythm and blues

Ce qui demeure, plus de quarante ans après, dépasse largement la simple accumulation de gags, de poursuites automobiles ou de prestations musicales. The Blues Brothers trouve son unité dans le rythme. Un rythme qui épouse celui du blues lui-même, alternant respiration collective et explosions solistes. Les séquences musicales, les parenthèses absurdes, les morceaux de bravoure et les surgissements burlesques composent une partition dont la logique relève moins du scénario traditionnel que de l’improvisation musicale.

Le final autour de Jailhouse Rock en constitue l’expression la plus éclatante. Comme dans un orchestre où chaque musicien s’autorise soudain un solo sans jamais rompre l’harmonie de l’ensemble, Landis laisse chacun de ses interprètes exister pleinement tout en préservant une cohérence miraculeuse. Rarement un film aura incarné avec une telle évidence l’idée qu’une œuvre populaire peut être simultanément anarchique, généreuse, musicale et profondément cinématographique. Plus qu’une comédie, The Blues Brothers est une jam session filmée. Et l’une des plus belles célébrations du plaisir de faire du cinéma autour… d’une équipe !

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