Cinéphile jusqu’à la moelle et commentateur parmi les plus célèbres de son propre medium de prédilection, Quentin Tarantino s’est récemment prêté à un exercice aussi simple en apparence que vertigineux dans le podcast de l’écrivain Bret Easton Ellis : dresser sa liste de films du XXIᵉ siècle… avec une contrainte de taille — impossible d’y glisser deux œuvres du même cinéaste. Sans que cela ne relève d’une quelconque volonté de “faire comme”, l’initiative a tout de même provoqué chez nous une forme d’introspection familière. Vous savez, cette petite voix intérieure qui surgit sans prévenir et murmure : « Et toi, tu aurais mis quoi ? » Et croyez-le ou non, l’exercice est loin d’être évident. Car contrairement à l’idée reçue — souvent entretenue par un regard désabusé sur les productions actuelles — il suffit de jeter un œil dans le rétroviseur pour admettre une chose : oui, le XXIᵉ siècle a déjà enfanté son lot de chefs-d’œuvre incontestables, parfois monumentaux. Et puisque l’envie n’était clairement pas de se brider inutilement, nous avons décidé de ne poser aucune règle stricte pour ce TOP estampillé DcPMag. Pas de contraintes artificielles, pas d’interdits dogmatiques : juste des choix assumés, subjectifs, passionnés. Bref, du cinéma vécu, aimé, défendu.
Le TOP 25 de Nicolas LOCHON
- Miami Vice : Deux Flics à Miami– De Michael Mann (2006)
- Le Conte de la princesse Kaguya 2013 – De Isao Takahata (2013)
- Le Labyrinthe de Pan – De Guillermo Del Toro (2006)
- Collatéral – De Michael Mann (2004)
- Memories of Murder – De Bong Joon Ho (2003)
- Mad Max: Fury Road– De George Miller (2015)
- Les Fils de l’homme – D’Alfonso Cuarón (2006)
- Avatar : la voie de l’eau – De James Cameron (2022)
- Le Territoire des Loups – De Joe Carnahan (2012)
- Dernier train pour Busan – De Yeon Sang-ho (2016)
- Public Enemies – De Michael Mann (2009)
- J’ai perdu mon corps – De Jérémy Clapin (2019)
- Toy Story 3 – De Lee Unkrich (2010)
- Two Lovers – De James Gray (2008)
- Ali – De Michael Mann (2002)
- Le Mans 66 – De James Mangold (2019)
- SPL: Sha po lang (Kill Zone – S.P.L.) – De Wilson Yip (2005)
- Misanthrope – De Damián Szifrón (2023)
- Monstres et Cie – De Pete Docter (2001)
- Le Loup de Wall Street – De Martin Scorsese (2013)
- Les Infiltrés – De Martin Scorsese (2006)
- Once Upon a Time… in Hollywood – De Quentin Tarantino (2019)
- The Fabelmans – De Steven Spielberg (2022)
- Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours – De Peter Jackson (2002)
- Premier Contact – De Denis Villeneuve (2016)

Miami Vice : Deux Flics à Miami – De Michael Mann (2006)
Miami… Deux agents fédéraux et la famille d’un informateur ont été sauvagement exécutés. Une nouvelle enquête commence pour Sonny Crockett et son coéquipier Ricardo Tubbs…

Le Conte de la princesse Kaguya 2013 – De Isao Takahata (2013)
Kaguya, « la princesse lumineuse », est un petit être découvert dans la tige d’un bambou par un vieux paysan. La considérant comme un don du ciel, il l’élève avec sa femme, et très vite l’enfant devient une magnifique jeune fille. De la campagne lointaine jusqu’à la grande capitale, sa fascinante beauté suscitera l’engouement auprès de tous ceux qui la rencontrent et elle sera convoitée par cinq nobles princes qui devront relever d’impossibles défis dans l’espoir d’obtenir sa main. Mais le temps venu, elle devra affronter son destin…

Le Labyrinthe de Pan – De Guillermo Del Toro (2006)
Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté. Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l’a préparé à affronter…

Collatéral – De Michael Mann (2004)
Max est taxi de nuit à Los Angeles. Un soir, il se lie d’amitié avec une dénommée Annie Farrell, une belle femme procureur montée à l’arrière de son véhicule. Quelques minutes plus tard, c’est au tour d’un homme prénommé Vincent de monter dans le taxi. Un businessman, selon toute apparence, avec un emploi du temps chargé : pas moins de cinq rendez-vous à tenir dans la nuit. Max accepte de lui louer ses services jusqu’au petit matin, en échange de 600 dollars. Premier arrêt. Vincent entre dans un immeuble. Un coup de feu éclate aussitôt, un corps plonge dans le vide, s’écrasant sur le toit du taxi. Vincent redescend et, sous la menace de son arme, oblige Max à dissimuler le cadavre dans le coffre et à reprendre son mortel périple. Un chauffeur de taxi, un tueur implacable, cinq « cibles » à éliminer, des agents des stups et une équipe du FBI… Leurs destins se joueront cette nuit…

Memories of Murder – De Bong Joon Ho (2003)
En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d’une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d’autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n’a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d’actes commis par un serial killer grandit de jour en jour.

Mad Max: Fury Road – De George Miller (2015)
Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d’un véhicule militaire piloté par l’Imperator Furiosa.

Les Fils de l’homme – D’Alfonso Cuarón (2006)
Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l’annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte – un fait qui ne s’est pas produit depuis une vingtaine d’années – et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection…

Avatar : la voie de l’eau – De James Cameron (2022)
Se déroulant plus d’une décennie après les événements relatés dans le premier film, AVATAR : LA VOIE DE L’EAU raconte l’histoire des membres de la famille Sully (Jake, Neytiri et leurs enfants), les épreuves auxquelles ils sont confrontés, les chemins qu’ils doivent emprunter pour se protéger les uns les autres, les batailles qu’ils doivent mener pour rester en vie et les tragédies qu’ils endurent.

Le Territoire des Loups – De Joe Carnahan (2012)
Comme beaucoup de ceux qui choisissent de vivre au fin fond de l’Alaska, John Ottway a quelque chose à fuir. De sa vie d’avant, il garde le souvenir d’une femme, une photo qu’il tient toujours contre lui, et beaucoup de regrets. Désormais, il travaille pour une compagnie pétrolière et protège les employés des forages contre les attaques des animaux sauvages. Lorsque le vol vers Anchorage qu’il prend avec ses collègues s’écrase dans l’immensité du Grand Nord, les rares survivants savent qu’ils n’ont que peu de chances de s’en sortir. Personne ne les trouvera et les loups les ont déjà repérés. Ottway est convaincu que le salut est dans le mouvement et que la forêt offrira un meilleur abri. Mais tous ses compagnons d’infortune ne sont pas de son avis et aux dangers que la nature impose, s’ajoutent les tensions et les erreurs des hommes. Eliminés par leurs blessures, le froid, les prédateurs ou leurs propres limites, les survivants vont mourir un à un. Ottway va tout faire pour survivre avec les derniers, mais quelle raison aurait-il de s’en sortir ? « Le Territoire des loups » nous entraîne aux confins du monde et d’un homme, à la découverte de ce qu’il y a en chacun de nous…

Dernier train pour Busan – De Yeon Sang-ho (2016)
Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…

Public Enemies – De Michael Mann (2009)
Basé sur l’histoire vraie de John Dillinger, un braqueur de banque hors pair qui a sévi à de nombreuses reprises dans l’Amérique des années 30.

J’ai perdu mon corps – De Jérémy Clapin (2019)
A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…

Toy Story 3 – De Lee Unkrich (2010)
Woody le cowboy, Buzz l’Eclair et les autres jouets se retrouvent confrontés à ce qui devait bien arriver un jour : le départ d’Andy pour l’université…

Two Lovers – De James Gray (2008)
New York. Un homme hésite entre suivre son destin et épouser la femme que ses parents lui ont choisi ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux.

Ali – De Michael Mann (2002)
En faisant preuve de détermination, d’endurance physique, d’agressivité et d’intelligence, Muhammad Ali est devenu une légende vivante de la boxe américaine. Belinda, son épouse, Angelo Dundee, son entraîneur, Drew Brown, son conseiller, Howard Bingham, son photographe et biographe, et Ferdie Pacheco, son docteur, ont été les témoins privilégiés de sa carrière à la fois brillante et mouvementée que ce soit sur ou en dehors du ring. L’ascension de Cassius Clay Jr. parmi les grands de la boxe débute en 1960, année durant laquelle il remporte une médaille d’or aux Jeux Olympiques. Débordant d’ambition, il passe professionnel et vise le titre mondial. Ses chances de gagner contre Sonny Liston, le tenant du titre, sont toutefois maigres. En effet, ce dernier n’a jamais perdu un combat.

Le Mans 66 – De James Mangold (2019)
Basé sur une histoire vraie, le film suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains menés par le visionnaire Carroll Shelby et son pilote britannique Ken Miles, qui sont envoyés par Henry Ford II pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966.

SPL: Sha po lang (Kill Zone – S.P.L.) – De Wilson Yip (2005)
Le détective Chan met tout en oeuvre pour arrêter Po, un chef de gang impitoyable. Il est aidé par Ma, un policier intègre, expert en arts martiaux, dont les méthodes violentes déplaisent à la hiérarchie.

Misanthrope – De Damián Szifrón (2023)
Eleanor, une jeune enquêtrice au lourd passé, est appelée sur les lieux d’un crime de masse terrible. La police et le FBI lancent une chasse à l’homme sans précédent, mais face au mode opératoire constamment imprévisible de l’assassin, l’enquête piétine. Eleanor, quant à elle se trouve de plus en plus impliquée dans l’affaire et se rend compte que ses propres démons intérieurs peuvent l’aider à cerner l’esprit de ce tueur si singulier…

Monstres et Cie – De Pete Docter (2001)
Monstropolis est une petite ville peuplée de monstres dont la principale source d’énergie provient des cris des enfants. Monstres & Cie est la plus grande usine de traitement de cris de la ville. Grâce au nombre impressionnant de portes de placards dont dispose l’usine, une équipe de monstres d’élite pénètre dans le monde des humains pour terrifier durant la nuit les enfants et récolter leurs hurlements. Le Terreur d’élite le plus réputé de Monstres & Cie s’appelle Jacques Sullivent, alias Sulli. C’est un monstre cornu de 2m40 de haut à la fourrure bleu-vert tachetée de violet. Une nuit, alors qu’il se trouve à l' »Etage de la Terreur », il s’aperçoit qu’une porte de placard n’a pas été fermée correctement. Pour vérifier que tout est en place, il l’ouvre, permettant sans le vouloir à Bouh, une petite fille, de pénétrer dans son monde.

Le Loup de Wall Street – De Martin Scorsese (2013)
L’argent. Le pouvoir. Les femmes. La drogue. Les tentations étaient là, à portée de main, et les autorités n’avaient aucune prise. Aux yeux de Jordan et de sa meute, la modestie était devenue complètement inutile. Trop n’était jamais assez…

Les Infiltrés – De Martin Scorsese (2006)
A Boston, pour mettre fin au règne du chef de la pègre irlandaise, la police infiltre son gang avec un bleu, Billy Costigan. Dans le même temps, un dénommé Colin Sullivan intègre l’Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d’éliminer le gangster…

Once Upon a Time… in Hollywood – De Quentin Tarantino (2019)
En 1969, un acteur et sa doublure voient leur carrière péricliter au sein d’une usine à rêves qui change, entre mouvement hippie et arrivée d’un gourou.

The Fabelmans – De Steven Spielberg (2022)
Portrait profondément intime d’une enfance américaine au XXème siècle, The Fabelmans de Steven Spielberg nous plonge dans l’histoire familiale du cinéaste qui a façonné sa vie personnelle et professionnelle. À partir du récit initiatique d’un jeune homme solitaire qui aspire à réaliser ses rêves, le film explore les relations amoureuses, l’ambition artistique, le sacrifice et les moments de lucidité qui nous permettent d’avoir un regard sincère et tendre sur nous-mêmes et nos parents. Passionné de cinéma, Sammy Fabelman passe son temps à filmer sa famille. S’il est encouragé dans cette voie par sa mère Mitzi, dotée d’un tempérament artistique, son père Burt, scientifique accompli, considère que sa passion est surtout un passe-temps. Au fil des années, Sammy, à force de pointer sa caméra sur ses parents et ses sœurs, est devenu le documentariste de l’histoire familiale ! Il réalise même de petits films amateurs de plus en plus sophistiqués, interprétés par ses amis et ses sœurs. Mais lorsque ses parents décident de déménager dans l’ouest du pays, il découvre une réalité bouleversante sur sa mère qui bouscule ses rapports avec elle et fait basculer son avenir et celui de ses proches.

Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours – De Peter Jackson (2002)
Après la mort de Boromir et la disparition de Gandalf, la Communauté s’est scindée en trois. Perdus dans les collines d’Emyn Muil, Frodon et Sam découvrent qu’ils sont suivis par Gollum, une créature versatile corrompue par l’Anneau. Celui-ci promet de conduire les Hobbits jusqu’à la Porte Noire du Mordor. A travers la Terre du Milieu, Aragorn, Legolas et Gimli font route vers le Rohan, le royaume assiégé de Theoden. Cet ancien grand roi, manipulé par l’espion de Saroumane, le sinistre Langue de Serpent, est désormais tombé sous la coupe du malfaisant Magicien. Eowyn, la nièce du Roi, reconnaît en Aragorn un meneur d’hommes. Entretemps, les Hobbits Merry et Pippin, prisonniers des Uruk-hai, se sont échappés et ont découvert dans la mystérieuse Forêt de Fangorn un allié inattendu : Sylvebarbe, gardien des arbres, représentant d’un ancien peuple végétal dont Saroumane a décimé la forêt…

Premier Contact – De Denis Villeneuve (2016)
Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions. Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Pourquoi eux… XXIᵉ siècle. Le temps file, inexorablement, pour la génération VHS dont nous nous revendiquons régulièrement au sein de ces pages. Et s’il serait tentant de sombrer à chaque regard dans le rétroviseur dans une nostalgie envahissante, il convient pourtant de rester lucide : non, les plus belles années de notre médium de prédilection ne reviendront probablement jamais sous la même forme. Oui, il est permis de penser que « c’était mieux avant » — notre cinéma national retrouvera-t-il un jour la superbe des années Renoir ? Le débat mérite d’être posé, et nous pensons en esquisser ici quelques réponses. Mais le simple fait de prendre le temps de coucher par écrit nos plus grands chefs-d’œuvre postérieurs au bug de l’an 2000 suffit à le démontrer : les années à deux, puis trois décimales, ont bel et bien enfanté un nombre non négligeable de merveilles cinématographiques. L’exercice reste pourtant périlleux. Comme pour les textes critiques qui tombent après la bataille, une grande partie de nos références ont déjà été abondamment commentées, analysées, disséquées. Beaucoup ont dit — souvent très bien — ce que ces films ont de grand, de singulier, de bouleversant. Mais la question n’est pas de savoir qui trouvera la plus belle formule pour défendre tel ou tel titre. La question est ailleurs : pourquoi ces films nous ont-ils fait vibrer, chacun à notre manière, parfois de façon intime, parfois de manière irrépressible et collective. D’ailleurs, il sera amusant de constater — comme souvent — qu’un classique absolu pour l’un pourra être un échec ou une incompréhension pour l’autre. Et ce n’est pas un problème. Bien au contraire. Tant qu’il y aura des débats entre passionnés sincères, le cinéma aura encore de beaux jours devant lui — en salle comme hors de la salle, pour reprendre une problématique ô combien contemporaine. Il faut donc aborder ce TOP pour ce qu’il est : une cartographie subjective, sans hiérarchie rigide. Certes, un top 5 se dessine, assumé comme tel, mais certains films placés en bas de classement n’ont rien à envier, en termes de valeur, à d’autres positionnés bien plus haut. Et en analysant cette liste, nous ne ferons finalement que rejoindre — parfois sans le savoir — des critiques qui ont, bien avant nous, su mettre des mots sur ce que nous ressentions sans parvenir à le formuler. Car le cinéma est aussi une affaire de langage : dire par les mots ce que d’autres éprouvent par le cœur.
Prenons Miami Vice, par exemple. Rarement film aura autant cristallisé ce que le cinéma d’auteur peut produire de plus radical au cœur même d’une machine industrielle. Jean-Baptiste Thoret le considère comme l’un des plus grands détournements de fonds de toute l’histoire du cinéma américain : un film expérimental dont la beauté plastique n’a d’égal que sa radicalité totale. Une œuvre hybride, où chaque forme visuelle devient l’expression d’un questionnement humaniste profond, habitée par une tension constante entre réalisme et onirisme, au point d’interroger la nature même du septième art.
Pour Takahata, les fidèles de DcPMag le savent désormais : peu importe où il vogue aujourd’hui, dans quels cieux il se tient, il demeure un géant absolu de l’animation. Ses chefs-d’œuvre possèdent une puissance émotionnelle inouïe, preuve parmi tant d’autres de son génie. Le Conte de la princesse Kaguya ne déroge pas à cette règle : l’œuvre d’un cinéaste total, légendaire, dont chaque trait semble dessiné à même l’âme.
Le Labyrinthe de Pan s’impose, lui aussi, comme un chef-d’œuvre colossal. Un film qui, au-delà de redéfinir la notion même du spleen à l’écran, rappelle la puissance du cinéma tout en en relativisant la portée face à l’éreintante nature humaine. Une fable sombre, viscérale, où l’imaginaire ne sauve pas — il éclaire.
Et puis il y a Collateral. On sait que le film noir fonctionne par cycles, par périodes, par « modes », même si le terme est peu élégant. Mais ici, Michael Mann va plus loin. Collateral raconte une histoire qui se dédouble dans les images elles-mêmes, par quelque chose que seule la salle de cinéma peut pleinement révéler : la technique mise au service du langage. Première œuvre quasi intégralement numérique d’une telle ampleur, souvent considérée comme le film le moins éclairé de l’histoire du cinéma, il accouche pourtant d’une idée sublime. En cherchant à voir à travers la nuit, Mann propose un voyage métaphysique d’une beauté terrassante, inoubliable, et à bien des égards encore inégalée.
Et que dire alors de Bong Joon Ho, aujourd’hui unanimement célébré par le monde cinéphile, mais qui, dès 2003, nous subjuguait déjà par sa capacité à sublimer le film noir en lui insufflant une dimension sociale et sociétale d’une puissance rare. Là où cette approche est devenue aujourd’hui presque une condition sine qua non du genre — jusqu’à parfois s’y dissoudre (Une pluie sans fin) — Joon Ho ne hiérarchisait pas ses réussites. Entre une maîtrise formelle sidérante et cette posture essentielle consistant à regarder l’être humain qu’est chaque spectateur droit dans les yeux, Memories of Murder demeure un chef-d’œuvre précieux, non seulement dans l’histoire du cinéma sud-coréen, mais dans celle du cinéma tout court.
Pour le reste de ce top, résumer la puissance de ces merveilles cinématographiques en quelques lignes relève presque de l’impossible — mais essayons. Mad Max: Fury Road, par exemple : personne ne le décrit mieux que Rafik Djoumi lorsqu’il affirme que « Fury Road nous élève spirituellement parce qu’il a marié notre raison à nos émotions et nos pulsions profondes… le temps d’un absolu de ce que le cinéma peut proposer… une excellence dans l’exécution qu’on ne voit que tous les vingt ans ». Les Fils de l’homme, parce qu’au-delà de la maîtrise hallucinante — et probablement inédite — de ses plans-séquences, chaque scène laisse affleurer une humanité bouleversante, portée par la mise en scène d’Alfonso Cuarón à son sommet.
Avatar : La Voie de l’eau, qui, non content de rassembler dans une forme quasi parfaite l’ensemble du cinéma de James Cameron, se paie le luxe de livrer l’un des plus grands morceaux de bravoure de toute l’histoire du septième art. Le Territoire des loups, dont nous avons tant parlé en ces lieux, véritable poème de chair et de sang, sommet sensoriel et existentiel du cinéma de Joe Carnahan. Dernier train pour Busan, que Edgar Wright lui-même cite comme l’un des meilleurs films de zombies jamais réalisés, parce qu’il redonne au genre une force tragique rarement égalée.
Public Enemies, autre poème, à la noirceur infinie, aux expérimentations visuelles sans équivalent, accouchant d’une forme esthétique que seul Michael Mann peut produire. J’ai perdu mon corps, qui rappelle avec une grâce terrassante qu’au cinéma, le découpage peut dire l’indicible, et toucher à une beauté presque douloureuse. Toy Story 3 et Monstres & Cie, parce que la magie Pixar ne se donne à voir, dans toute sa splendeur, que grâce à un savoir-faire unique, capable de bouleverser toutes les générations sans jamais tricher.
Two Lovers, parce que James Gray n’a pas d’équivalent lorsqu’il s’agit de filmer le mélodrame classique américain comme un thriller à la tension sourde et au romantisme déchirant. Ali, qui, au-delà de ses envolées aériennes absolument sidérantes, propose l’une des plus grandes scènes d’ouverture de toute l’histoire du cinéma. Le Mans 66, parce que James Mangold reste l’une des grandes figures américaines capables de se glisser dans le moule de productions a priori formatées tout en y insufflant un discours de résistance profondément cinéphile, passionnant et émouvant.
SPL, parce que l’association Wilson Yip / Donnie Yen est tout simplement unique pour les amoureux du cinéma de baston asiatique, dans ce qu’il a de plus pur, de plus viscéral. Misanthrope, parce que le film respecte la note d’intention de son titre avec une radicalité qui force le respect. Le Loup de Wall Street et Les Infiltrés, parce qu’au-delà de toute comparaison générationnelle, Martin Scorsese continue de tenir la dragée haute à tous les nouveaux arrivants, prouvant que la férocité est avant tout une affaire d’esprit, et que sa maîtrise cinématographique demeure précieuse, irremplaçable.
Once Upon a Time… in Hollywood, car personne ne l’exprime mieux que Jean-Baptiste Thoret lorsqu’il évoque « un chef-d’œuvre, mieux, un vertige (…) la possibilité d’une utopie vraie qui, nous le savons tous, n’a pas eu lieu », sans oublier son tacle cinglant à ses détracteurs — « des wannabee critiques, des momies en phase terminale de débandage ou des animateurs culturels aveugles, voire révisionnistes (…) Who cares ? Who are they ? ». The Fabelmans, parce qu’il s’agit tout simplement de l’une des plus belles lettres d’amour jamais adressées au cinéma. Les Deux Tours, parce que personne, avant ou après Peter Jackson, n’a su atteindre un tel degré de maîtrise, et que le Gouffre de Helm demeure l’un des plus grands accomplissements techniques et narratifs jamais offerts au genre fantasy.
Et puis Premier Contact. Parce que parfois, il faut savoir être péremptoire. Pour conclure, citons donc Didier Allouch, qui résume parfaitement le chef-d’œuvre de Denis Villeneuve : « Un film parfait. Pas une fausse note, une intelligence rare et un twist philosophique vertigineux. »
