Time and Tide

Top 25 du 21ème siècle de Thomas, alias Mike Öpuvty

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Toujours un labeur aussi plaisant que ardu, que de faire un bilan qualitatif, une liste restrictive dans notre bien aimé 7e art, un Top : qui garder, qui écarter ? Ça peut vite devenir un crève-cœur, même sur une seule année… Alors un Top du siècle pensez-vous ! Mais je m’y suis attelé bon an mal an, regrettant quelques perles laissées de côté, mais m’évertuant à confectionner ce panorama mondial de ces vingt-cinq dernières années, placées ici dans l’ordre chronologique, car à part son tout premier qui est sans conteste le film du siècle, je ne saurais trouver un ordre de préférence.

Le TOP 25 de Thomas, alias Mike Öpuvty

  1. Time and Tide(2000)
  2. Battle Royale (2000)
  3. Pitch Black (2000)
  4. Der Krieger und die Kaiserin (2001)
  5. Save the Green Planet (2003)
  6. SPL (2005)
  7. Final Fantasy VII – Advent Children [complete] (2005)
  8. Children of men (2006)
  9. The Foutain (2006)
  10. The Fall (2006)
  11. John Rambo (2008)
  12. Balada Triste de Trompeta (2010)
  13. Anonymous (2011)
  14. Les Enfants Loups, Ame et Yuki (2012)
  15. Looper (2012)
  16. ParaNormaN (2012)
  17. Le Vent se Lève (2013)
  18. Le Conte de la Princesse Kaguya (2013)
  19. How to Train your Dragon 2 (2014)
  20. One Cut of the Dead (2017)
  21. Spider-Man Into the Spider-Verse (2018)
  22. Mad God (2021)
  23. The Northman (2022)
  24. Godzilla Minus One Minus Color (2023)
  25. Furiosa – A Mad Max Saga (2024)
Time and Tide (2000)

Time and Tide (2000)

J’ai découvert Time and Tide en Avril 2001. Un obscur VCD avec trois lignes de sous-titres ( Chinois, Anglais, et Malaisien ). Sur la pochette, le réalisateur s’appelle « Tsuo Hark« , ça sent le bootleg frelaté, mais je ne résiste pas, je VEUX voir ce film. Deux heures plus tard, je suis soufflé, j’ai rien compris, je me le remate. Puis le lendemain matin au réveil… Puis en DVD, et deux avant-premières parisiennes, dont l’une m’a vu tendre le DVD au grand Tsui pour obtenir sa signature !

Aussi bien solide artisan que cinéaste du refus de faire comme tout le monde, Tsui Hark réinvente pratiquement à chaque plan comment filmer. Où placer la caméra ? Comment la bouger ? Quand couper ? Fort de ses expérimentations formelles qu’étaient Double Team et surtout Knock Off, il concocte les images les plus folles, enchaînant les morceaux de bravoures sans aucun temps mort.

Détrônant Hard Boiled au titre de plus grand film d’action de tous les temps, Time and Tide est un film unique, mais s’il a marqué les esprits de la plupart de ses spectateurs, il n’a pas été suivi, formellement. Peut-être est-il trop fou, trop expérimental… alors qu’il posait les jalons d’un renouveau complètement frais et sur-exploitable à fond !

Battle Royale (2000)

Battle Royale (2000)

Kenta Fukasaku a trouvé en Battle Royale, roman à succès de l’archipel nippon, le véhicule idéal pour faire un thriller d’action avec des jeunes qui s’entretuent. Là dessus, son illustre père regarde distraitement le projet par-dessus son épaule, et va se passionner au point de l’évincer du processus créatif !

Le Battle Royale de Kinji Fukasaku est un manifeste, un brûlot politique d’une hargne et d’une énergie incroyables, une mise-en-garde sur l’état alarmant de notre société comme avait su l’être Robocop en son temps.

Une suite a vu le jour, mais Kenta a repris les rênes suite au décès de son père, pour un résultat certes percutant, mais trop brouillon pour convaincre…

Pitch Black (2000)

Pitch Black (2000)

Après une poignée de gentils films de SF qui n’ont pas franchement fait trembler le box office, David Twohy accepte de réaliser un projet dont il n’est pas l’auteur, et, douce ironie, connaîtra son seul véritable succès au box office ! Le film affiche une noirceur qui annihile 50 ans de films-de-monstres. Finis les  » Allez-y ! Je reste ici et je les retiens, je me sacrifie pour vous !! « . Les personnages de Pitch Black sont tous et toutes des survivants complètement égoïstes. Les enfants meurent, Y’a pas d’histoire d’amour à la noix, et le mot  » espoir  » semble complètement banni.

Et survient le personnage de Riddick. Sorte de recyclage du Mariner de WaterWorld ( C’est un survivant solitaire avare en mots, et doté d’une particularité physique atypique qui lui permet d’être au top dans le monde où on le plonge ) il est présenté comme un dangereux criminel, mais on finit par voir, puisque tous les autres personnages sont eux-mêmes des salopards, qu’il n’est pas si vilain, et qu’il s’interroge jusqu’au bout sur la valeur de l’entraide face à celle de la survie.

Sans doute ce qu’Hollywood a pondu de mieux en matière de SF de sa décennie ( et peut-être même de la suivante… )

Der Krieger und die Kaiserin (2001)

Der Krieger und die Kaiserin (2001)

Sorti dans l’anonymat le plus total, sous le titre français The Princess and the Warrior, le quatrième long-métrage de Tom Tykwer fut un rayon de soleil sur un été 2001 plutôt terne. Il raconte la rencontre aussi fulgurante qu’elle est improbable entre une jeune infirmière en hôpital psychiatrique et un veuf traumatisé qui prépare un braquage de banque…

Tom Tykwer renoue avec son thème obsessionnel du hasard contre la fatalité, dans une histoire très singulière de gens brisés par la vie qui vont se guérir dans la violence… Une film fort et sans concession, d’une beauté plastique de tous les instants et servi par une musique particulièrement envoûtante.

Save the Green Planet ! (2003)

Save the Green Planet ! (2003)

Au début des années 2000, la Corée du Sud s’est mise à occuper l’espace qui était celui de Hong-Kong dix ans plus tôt : un vivier de talents avec une soif de création monstrueuse. Un minuscule échantillon est parvenu sur nos écrans français, mais les DVD importés étaient légion pour qui habitait non loin du quartier commerçant des olympiades à Paris. Et tel était mon cas.

J’ai acheté Save the Green Planet !rien que sur son affiche. Je me suis retrouvé face à un film-énergumène complètement fou, sauvage, violent… À l’image de l’humanité qu’il dépeint si intelligemment. Par voie de conséquence, je n’ai évidemment pas cherché à voir son remake Bugonia, mais il aura au moins eu le mérite de remettre cette pépite sur le devant de la scène, et qu’elle soit restaurée en 4K.
Revu sur l’écran du Max Linder Panorama au cours du dernier PIFFF, c’est toujours un chef d’œuvre.

SPL (2005)

SPL (2005)

Première collaboration entre Donnie Yen et Yip Wai Shun, SPL est un polar à l’ancienne, situé dans les années 90, et montre Simon Yam voulant coffrer Sammo Hung quoi qu’il en coûte alors que Donnie Yen, qui s’est déjà frotté au côté obscur de la justice et cherche à endiguer le processus, en vain…
Au milieu de tout ça, une scène vient brillamment mettre en lumière les caractères des différents personnages : la fille d’un des flics lui fait un test de personnalité d’un magazine.  » Si vous n’aviez qu’un jour à vivre, que feriez-vous ?  » Or, c’est leur cas à tous, et chacun finira par avoir pour destin une des réponses…
La dessus, les poings vont devoir parler et les vingt dernières minutes, débordement de violence, proposent des combats à couper le souffle, et puissamment originaux. Un modèle moderne du genre.

Final Fantasy VII - Advent Children [complete] (2005)

Final Fantasy VII – Advent Children [complete] (2005)

Voilà comment j’ai découvert ce film : n’ayant jamais joué au jeu, dans une copie sans sous-titres. Je n’y ai absolument rien entravé ! Et pourtant… il a immédiatement et durablement exercé son pouvoir de fascination sur moi. Il y a dans Final Fantasy VII – Advent Children une volonté farouche d’aller bien plus loin qu’un collage de cut-scenes de jeu vidéo. C’est un spectacle de tous les instants, d’une beauté plastique confondante et aux trouvailles de découpage inédites…

L’immense majorité des films d’animation par ordinateur cherchent à ne pas totalement aliéner le spectateur, proposant un découpage sage et docile, efficace. Final Fantasy VII expérimente constamment, poussant les limites de ce qu’une caméra peut ou devrait faire. Une expérience au sens Tsui Harkien du terme…

Par la suite, je l’ai revu sous-titré, mais surtout j’ai pu découvrir la version « Complete » accompagné d’une fan du jeu qui a su m’expliquer les moindres détails. Il y a deux ans, j’ai eu la chance de le revoir en salle. Une claque esthétique à nulle autre pareille.

Children of men (2006)

Children of men (2006)

En choisissant d’adapter un très humble livre de SF, Alfonso Cuarón tire le récit vers le haut en dressant un portrait peu reluisant d’un monde fasciste et tourné vers la mort. Chaque scène est l’occasion de raconter ce monde, qui ostracise les immigrés, encourage la délation, laisse la police et les militaires régner sans partage, rend obligatoire les visites médicales… Le film se passe en 2027, on n’est plus très loin !

La mise-en-image est d’une maîtrise de tous les instants, transportant le spectateur au cœur de l’action au travers de plans-séquences plus époustouflants les uns que les autres… Mais Children of Men marque surtout un tournant définitif dans l’histoire des effets numériques. Pour la première fois, l’ordinateur est capable de représenter le réel sans qu’aucun spectateur ne le remarque. La scène de l’accouchement est ce tournant.

The Foutain (2006)

The Foutain (2006)

Après deux films rugueux, voire coup-de-poing-dans-le-ventre, Darren Aronofsky s’offre son premier film joli, et signe sans doute sa plus grande œuvre. Prévu au départ pour être une superproduction de 50M$ avec Brad Pitt et Cate Blanchett, le budget a été revu à la baisse après la défection des deux stars. À mon avis, il a gagné au change : Hugh Jackman et Rachel Weisz portent à l’écran l’amour indéfectible de leurs personnages mieux que ne l’auraient fait Brad et Cate…

The Fountain est un film à tiroirs, qui ne livre pas facilement toutes ses clefs, répartissant sa narration entre trois époques se répondant l’une l’autre dans un lent chemin vers la mort et son acceptation. Un film qui longtemps après le générique de fin m’a travaillé, hanté et tourmenté.

The Fall (2006)

The Fall (2006)

A peine sorti de The Cell, Tarsem Singh va mettre toute son énergie au service d’un film plus personnel, comme pour montrer ce qu’est son cinéma quand il ne cachetonne pas. Mais le film ne connaît aucun succès et les critiques lui reprochent une esthétique pub-clip de poseur nombriliste ainsi qu’une histoire trop simpliste.

L’histoire, si elle est simple, est loin d’être pauvre, et le film prend bel et bien son envol dans la représentation imaginée du conte à l’intérieur de la narration. Mais si Tarsem multiplie les visions épatantes, avec des lieux plus insolites les uns que les autres et des costumes mémorables de Eiko Ishioka, il n’en omet pas de soigner aussi les scènes intimistes. Quand vient le climax, l’émotion me submerge et mes yeux laissent échapper quelques larmes…

John Rambo (2008)

John Rambo (2008)

Après une phase de sa vie où Sylvester Stallone explore le thème de passer le relais, s’effacer discrètement et laisser la jeune génération prendre le flambeau, il va offrir, aussi bien à ses fans qu’à lui-même deux films-testaments absolument excellents, qui vont relancer sa carrière. Le premier est Rocky Balboa, au cours duquel il balaye ses doutes sur ses propres capacités et sa pertinence dans le paysage audiovisuel mondial. Le deuxième est John Rambo.

Un film coup de poing, mettant en avant l’ambivalence morale de son héros, fermement convaincu que la guerre est un enfer à éviter à tout prix et pourtant amené à y replonger tant c’est là qu’il excelle, prospère, et s’épanouit… John Rambo, aussi bien le personnage que le film, met en avant cette dualité inconciliable de la brutalité au nom de la bienveillance qui nous anime, nous les humains.

Pour préparer le film, Stallone a demandé à l’Unicef quel conflit armé actuel était ignoré de tous : la guerre civile à Myanmar ( Birmanie ) s’est imposée comme cadre à son traité guerrier, et provoque un climax à couper le souffle. Sa carrière étant durablement relancée, il a enchaîné avec une petite sucrerie, The Expendables, pour le plaisir de tous.

Balada Triste de Trompeta (2010)

Balada Triste de Trompeta (2010)

Le chef-d’œuvre d’Alex de la Iglesia, tant les thèmes développées sont à la croisée des chemins de sa filmographie. On y retrouve l’inadaptation sociale, l’emprise psychologique, un discours sur l’origine du mal, et une jolie pépée avec de beaux lolos…

Mais ce qui m’a particulièrement fasciné, c’est la nature du mal telle que décrite dans le film. Prenant les idéaux d’une « bonne guerre » à revers, le cinéaste nous montre comment un homme, marqué par cette guerre, le Franquisme, et une émotivité instable, va progressivement perdre son humanité, pour finir tout nu dans les bois avant de devenir une icône du mal.

Pour Alex de la Iglesia, le mal n’est pas une valeur religieuse ni une donnée scientifique : c’est ce qui arrive quand on débarrasse l’homme de son humanité. La lente progression du film vers son final tout en puissance en est l’illustration la plus parfaite.

Anonymous (2011)

Anonymous (2011)

Fantaisie historique directement inspirée de théories brumeuses du siècle dernier, Anonymous s’amuse à écorner le mythe de William Shakespeare, plus grand dramaturge de tous les temps. Le plus souvent, quand on essaie de démystifier les grands de ce monde, on n’a d’autre moyen que de s’évertuer à mettre en avant leurs fêlures, histoire de les rendre plus humains… Or Roland Emmerich prend la direction opposée : il filme un être humain pour progressivement en dévoiler le génie.

Un film à tiroirs, étalé sur quarante ans de règne élisabéthain qui revisite la création de Roméo &Juliette, Le Songe d’une Nuit d’Été, Henry V, Hamlet et Macbeth. Et au détour de brillantes intrigues politiques de la cour d’Elisabeth Première, il livre un film sur le pouvoir des mots.

Les Enfants Loups, Ame et Yuki (2012)

Les Enfants Loups, Ame et Yuki (2012)

Il fallait dans cette liste un film de Mamoru Hosoda, cinéaste phare de ce début de siècle, et j’ai mis près d’une heure à décider lequel, tant ses films sont tous superbes. Mon choix s’est porté sur Les Enfants Loupscar il se situe à une sorte de croisée des chemins de son œuvre, englobant savamment le plus de ses thèmes de prédilection.

Un film sur la difficile vie de famille quand les membres grandissent et s’émancipent au point qu’on ne les reconnaisse plus. L’argument fantastique est d’une discrétion singulière, à peine effleuré, laissant la part belle à des situations et des sentiments complètement authentiques, ancrés qu’ils sont dans un quotidien palpable.

Looper (2012)

Looper (2012)

N’ayant connu aucun succès au box-office, Rian Johnson se retrouve miraculeusement à la tête d’un budget de 30M$ pour filmer Bruce Willis chauve qui voyage dans le temps pour déjouer un terrible complot. On pourrait croire à un 12 Monkeys vs Minority Report, mais ce serait mal connaître Rian Johnson !

Ses astuces et audaces narratives s’avèrent payantes et impliquent une authentique réflexion sur le destin, l’éducation, l’enfance bafouée, ou encore la perte de nos proches… Frappé par le drame, le personnage de Bruce Willis va progressivement se changer en véritable psychopathe obsessionnel alors que Joseph Gordon Levitt est là pour montrer qu’il aurait pu en être autrement. Situé dans un monde où la vie n’a plus de valeur, Looper parvient au terme inéluctable de son déroulement à y croire à nouveau.

ParaNormaN (2012)

ParaNormaN (2012)

Après l’éclatante réussite qu’est Coraline, le Studio Laika livre un film foisonnant, riche, a mi-chemin entre The Goonies et The Frighteners. L’animation est évidemment impeccable, mais ce qui place le film au firmament, c’est sa saine morale : au début du film, Norman regarde un film d’horreur, où un zombie mange la cervelle d’une innocente victime, haute en décibels. Sa mamie intervient : « Tout ceci aurait pu être évité s’ils s’asseyaient pour parler… » Le spectateur s’esclaffe, non mais qu’est-ce qu’elle y connait en film-de-zombies cette vieille ?

Et pourtant… et pourtant… Tout habitué qu’on est à voir des fantômes passer dans l’au-delà lorsqu’ils sont apaisés, on est obligé d’admettre que Norman a combattu le mal par les mots ! Cette ode au dialogue et à la découverte des autres devrait être incluse dans tous les programmes scolaires, et le monde irait tout de suite mieux…

Le Vent se Lève (2013)

Le Vent se Lève (2013)

Annoncé comme le dernier film de Miyazaki, Le Vent se Lève a fait couler autant d’encre que de larmes. Il raconte les jeunes années de Jirô Horikoshi, ingénieur aéronaval de génie du siècle dernier et regroupe au travers de l’obsession de cet homme ses propres thématiques de toujours. Il manque sans doute une horde de cochons, mais on y retrouve les avions, des enfants au pied d’un lampadaire, une puissante métaphore sur la création artistique, une prude histoire d’amour, et surtout l’Histoire du Japon au sens large.

Un japon entre deux époques, à la fois brillant et à la traîne, cherchant à rattraper la révolution industrielle au mépris du simple bien être de ses habitants… L’image des bœufs tirant les avions, fleuron de la technologie moderne, restera gravée dans les mémoires. Ce Japon, Miyazaki ne l’aime ni ne le condamne. Il le montre comme il le pense : assez fort pour survivre aux pires tremblements de terres et assez naïf pour s’engager dans une guerre déjà perdue sur le papier…

Le Conte de la Princesse Kaguya (2013)

Le Conte de la Princesse Kaguya (2013)

De son côté, Isao Takahata livre un ultime chef-d’œuvre avant de tirer sa révérence. Fort de ses trouvailles esthétiques mises en place sur Mes Voisins les Yamada, il adapte ce conte antique avec des fusains et des aquarelles, ignorant savamment les limites d’un cadre traditionnel. Ambitieux, le film est d’une beauté plastique de tous les instants.

Il suit au plus près cette jeune fille, dans sa brève expérience de l’humanité, dans tout ce que ça a de beau, de dur, de tendre, de cher… jusqu’au dénouement qui vous secouera de sanglots. Une merveille de l’animation en plus d’être un prototype resté unique en son genre…

How to Train your Dragon 2 (2014)

How to Train your Dragon 2 (2014)

Bien évidemment, la trilogie est ce que l’Amérique nous a fourni de mieux ce début de siècle, mais j’ai une petite préférence pourHow to Train your Dragon 2. Cet opus s’éloigne des suites de films d’animation qui, le plus souvent, plongent les mêmes pixels dans une nouvelle aventure… Les enfants ont grandi, les héros aussi. Le film, comme l’avait fait The Empire Strikes Back, explore une facette plus sombre de la vie de Hiccup, tiraillé entre les attentes de son père et la rencontre inespérée de sa mère…

Mais là où il gagnera sa place au Valhalla, c’est dans sa présentation parfaite des enjeux politiques et moraux de la seconde guerre mondiale, à hauteur des enfants. En effet, comment réagir à l’arrivée d’un autocrate agressif qui parle de triomphe de la volonté ? Parlementer ? Se barricader ? Prendre les armes ? Hiccup va se voir tenu de faire un choix, à moins qu’il ne soit fait pour lui… Étourdissant, beau à pleurer, génial.

One Cut of the Dead (2017)

One Cut of the Dead (2017)

Le film repose sur ce principe : montrer dans un premier temps un film semi-amateur en plan séquence, intitulé One Cut of the Dead, rempli d’anecdotes et de détails curieux ou inexplicables, pour dans un deuxième temps en montrer les rouages et ainsi entraîner le spectateur dans une série de « Aaaaah mais c’était pour çaaa ! » les plus comiques et dévastateurs.

Même s’il cède par moments à la scatophile la plus facile, et en même temps la plus hilarante, Ne Coupez Pas !est en définitive un film sur l’Art. L’Art qui, plus encore que l’artiste, ne transige pas, ne souffre aucune négociation, ne s’arrête pour personne… L’Art qui exige et prend le meilleur de nous, nous épuise, nous essore, et pourtant nous comble de bonheur, rapproche les pères et les filles, redonne de la passion là où on ne l’attendait plus.

PS : vous pouvez oublier l’immonde remake français qui ne vaut même pas son poids en PQ.

Spider-Man Into the Spider-Verse (2018)

Spider-Man Into the Spider-Verse (2018)

Sony a un problème : s’ils ne sortent pas un film dans l’univers de Spider-Man à intervalles réguliers, les droits d’adaptation retournent à Marvel Comics. C’est ce qui explique le Spider-Man 3 précipité de Sam Raimi, les deux purges Amazing de Mark Webb, et les spin-offs dérivatifs ( Venom, Madame Web, etc… )

Mais pour le bonheur de tous, ça nous a aussi apporté les dessins animés du Spider-Verse ! Deux films ( pour le moment ) dans une recherche esthétique constante, où chaque plan est une proposition graphique renouvelée. Du travail d’orfèvre, qui sert un scénario aussi solide qu’il est astucieux.

Mad God (2021)

Mad God (2021)

Technicien hors pair et animateur de génie, Phil Tippett a participé à nombre de projets phares de ma jeunesse ( L’Empire Contre Attaque, Robocop… ). Or un beau jour, après avoir bouclé ses plans pour Robocop 2, il se dit qu’il devrait s’accorder un peu de temps pour un projet personnel et entame la confection d’un court métrage… qui grandira et grandira, week-end après week-end, durant des années, jusqu’à devenir Mad God.

Regarder Mad God, c’est faire la terrifiante expérience de vivre éveillé le cauchemar de quelqu’un d’autre… Phil nous plonge dans les méandres de trente ans de sa psyché, toujours plus loin, toujours plus profond. Multipliant les différentes techniques et par conséquent looks, il suit ses personnages sans sembler s’impliquer, laissant au spectateur la surprise d’être complètement embarqué à son corps défendant dans ce récit tordu, désespéré, et comme le veut le titre, fou.

The Northman (2022)

The Northman (2022)

The Northman est une sorte d’expérience hybride, entre le film-à-thèse hautement érudit et le trip bourrin sauvagement brutal. Son immense avantage est qu’il ne nécessite aucune explication de texte : on peut le découvrir comme une aventure grisâtre et pluvieuse, l’histoire d’une vengeance désespérée qui consume l’âme de celui qui l’exerce plus encore que ceux qui la subissent…

Et au premier degré, c’est une réussite de tous les instants : la photo, la musique, l’investissement des acteurs, tout concourt à faire un film impeccable. Et l’érudition qu’apporte le film sans l’imposer, fait de cette saga un récit primordial, comme si on découvrait aujourd’hui l’histoire qui a inspiré Hamlet, Beowulf, ou encore Le Chant des Nibelungen

En reconstituant cette épopée, Roger Eggers fait honneur à ces hommes et ces femmes du nord, à la richesse de leur culture, et à leur inexorable Destin…

Godzilla Minus One Minus Color (2023)

Godzilla Minus One Minus Color (2023)

Propulsé réalisateur-scénariste du nouvel opus de la saga septuagénaire, Takashi Yamazaki décide d’en faire un film d’époque, réexplorant ou se réappropriant les origines du monstre sacré, et parvient en à restituer les thèmes majeurs : un pays à genoux se relevant du spectre de la guerre et de la destruction, l’arme atomique face à laquelle on ne peut rien, la valeur de l’individu…

Et quelques mois plus tard, Godzilla Minus One ressort dans une version en noir et blanc absolument somptueuse. Le film trouve là sa forme la plus probante, l’immersion émotionnelle est accrue, l’alchimie du neuf et du vieux trouve son parfait point d’équilibre. Le film en devient l’égal de l’avion-star de son climax : unique en son genre car à la fois futuriste et farouchement ancré dans le passé. Un spectacle absolu, une expérience hors du temps aux frissons garantis.

Furiosa - A Mad Max Saga (2024)

Furiosa – A Mad Max Saga (2024)

Sorti alors qu’on ne l’attendait plus, Mad Max Fury Road a beaucoup plu. Difficile de se mesurer à ce mastodonte sans risquer de souffrir de la comparaison. George Miller le sait, et il va malgré tout prendre le risque de revisiter son nouveau monde en explorant le passé de sa véritable héroïne. Furiosa est un récit mythologique aux proportions épiques. Il prend du temps, il développe, il élabore… Sur deux heures et demie d’une densité incroyable, il concocte des scènes d’action époustouflantes qui, si elles citent allègrement ses prédécesseurs, parviennent à en restituer l’excitation tout en plongeant le spectateur dans le décorum moderne lié à Fury Road.

Le spectacle est total, les mâchoires se décrochent, mais en plus George dépeint avec beaucoup plus de minutie le destin de l’humanité, brassant bien plus de thèmes que ne le permettait ce dernier.

Furiosa ne mettra pas forcément tout le monde d’accord, mais dans un monde où le cinéma d’action est à nouveau sous perfusion, peut-être le faudrait-il…?

Battle Royale continue à faire couler de l’encre © SND


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