– date de sortie en France : 1er avril 2026 –
Pas évidente, pour Illumination, la tâche qui consiste à ménager la chèvre et le chou avec une licence aussi scrutée que celle de Mario. Déjà, en 2023, Super Mario Bros. – Le Film avançait sous pression maximale : celle des studios, bien sûr, mais surtout celle d’un public transgénérationnel prêt à dégainer au moindre faux pas. Trois ans plus tard, le studio au petit bonhomme jaune revient pour transformer l’essai… ou confirmer la malédiction persistante des adaptations vidéoludiques. Verdict ? Entre deux mondes. Littéralement.
L’histoire : À peine installés au Royaume Champignon, un mystérieux appel à l’aide va pousser Mario et Luigi à reprendre du service et plonger dans les zones d’ombre du passé de la princesse Peach. Une mission qui va propulser nos héros et leur nouvelle constellation d’amis, très loin de chez eux, à travers un périple intergalactique, à la découverte de nouveaux mondes où se forgeront des alliances pour le moins inattendues.
Notre avis :
Succès colossal à sa sortie, le premier opus aura au moins eu le mérite de prouver qu’une adaptation de jeu vidéo pouvait rivaliser avec les mastodontes du box-office. Mais derrière la machine à billets, une fracture s’était déjà dessinée : une partie de la critique y voyait moins un geste de cinéma qu’un « produit officiel Nintendo ». Une formule brutale, mais révélatrice. Dès lors, cette suite arrive lestée d’un paradoxe : comment élargir l’univers sans tomber dans la redite ? Et surtout, quelle marge de manœuvre reste-t-il face à une licence aussi verrouillée ? Car ici, plus encore que dans le premier film, la sensation d’un projet sous contrôle permanent ne quitte jamais vraiment l’écran. Le film introduit de nouveaux personnages, avec une place accrue accordée aux figures féminines, notamment Harmonie et Peach. Sur le papier, rien à redire. Dans les faits, c’est plus problématique. L’ouverture sur Harmonie donne immédiatement le ton : puissance démesurée, posture héroïque, iconographie quasi super-héroïque. Le problème n’est évidemment pas la représentation d’une femme forte, mais la manière dont celle-ci est imposée. Le personnage ne se construit pas : il est décrété. Une figure fonctionnelle, calibrée, presque interchangeable avec n’importe quelle héroïne contemporaine. Le symptôme d’une époque où certaines archétypes semblent répondre davantage à un cahier des charges qu’à une nécessité dramatique.

Illumination vs Pixar : artisans contre auteurs
Contrairement à Pixar, qui continue de mettre en avant des cinéastes avec une véritable identité, Illumination persiste dans une logique industrielle : confier ses films à des artisans efficaces plutôt qu’à des auteurs affirmés. Le duo Aaron Horvath / Michael Jelenic exécute la mission avec sérieux, mais sans jamais imprimer de vision. Le résultat est limpide : un cahier des charges déroulé à la lettre. Monde du feu, désert, plaines verdoyantes, cité steampunk… Chaque décor apparaît comme une carte postale à cocher. À cela s’ajoute une logique de crossover parfois épuisante (clins d’œil à Mario Kart, Star Fox…), qui transforme le film en vitrine. Le problème n’est pas l’accumulation. C’est l’absence de liant. L’ensemble ressemble trop souvent à un empilement de séquences sans véritable intensité dramatique. Un montage de vignettes, là où on attendait un récit. Par moments, une ambition affleure. Celle d’un véritable space opera. Mais elle est aussitôt contenue, comme autocensurée par les impératifs de la licence. Chaque élan narratif semble stoppé net par une logique de checklist. Comme si, derrière chaque scène, on devinait un post-it de production rappelant les passages obligés. Conséquence directe : les morceaux de bravoure peinent à exister. Les personnages, trop puissants, trop invulnérables, annihilent toute forme de tension et d’enjeux. Qui peut encore craindre pour le sort des héros ? Le film devient au final une succession de niveaux — au sens vidéoludique du terme — où le danger n’est jamais qu’une formalité.

Une beauté, mais pas fatale !
Et pourtant… difficile de nier une forme d’efficacité. Car si le film échoue souvent sur le terrain dramatique, il fonctionne ailleurs. Visuellement, c’est propre, parfois même impressionnant. Les univers scintillent, débordent de détails, et témoignent d’un amour sincère pour la mythologie Mario. Les easter eggs pleuvent, et cette générosité ludique compense (parfois) le manque d’audace. Là où le long métrage perd en singularité, il gagne en lisibilité, en plaisir immédiat. Les enfants — cœur de cible évident — y trouveront sans doute leur compte. Et ce n’est pas rien. Reste une question, déjà posée en 2023, et toujours en suspens : la salle de cinéma est-elle condamnée à devenir le prolongement XXL d’une console de salon ? Voir ces mondes 2D prendre vie sur grand écran a quelque chose de fascinant… mais aussi d’un peu contre nature. Super Mario Galaxy, le film ne démérite pas. Il divertit, émerveille par moments, et témoigne d’un savoir-faire indéniable. Mais il confirme aussi une tendance lourde : celle d’un cinéma d’animation sous licence qui préfère la sécurité à l’inspiration. Une création propre, efficace, parfois séduisante… mais rarement habitée. Et au fond, la question demeure, lancinante : ces adaptations sont-elles autre chose que des goodies officiels ?

