Sortie en France : 11 avril 2026
Après les échecs successifs de The Lone Ranger et A Cure for Wellness, on croyait Gore Verbinski oublié d’Hollywood, puni d’une traversée du désert comme seule l’industrie du cinéma sait en infliger… Le revoilà, conquérant et plus énergique que jamais, aux commandes d’un petit film indépendant qui gagne à être connu.
L’histoire : Un homme venu du futur fait irruption dans un restaurant afin de trouver un groupe de gens susceptibles de l’aider dans sa quête… Cela fait plusieurs fois qu’il échoue. Son but ? Parvenir à atteindre un pavillon à quelques pâtés de maisons, afin de juguler une Intelligence Artificielle en cours de création avant qu’elle n’asservisse l’humanité…
Notre avis : Dès les premières minutes, la double influence de Terry Gilliam et de Charlie Brooker se fait sentir. Le costume low-tech avec imper transparent de Sam Rockwell, les ados collés à leurs écrans… Autant de détails qui donnent au film une sorte d’identité ponctionnée qui pourra déranger. A plus forte raison que le thème global, venir du futur pour détruire une IA nuisible, en mettant en avant ses dérives les plus spectaculaires, n’est pas à proprement parler originale, pour le genre… Mais Gore Verbinski est en pleine possession de ses moyens, et emmène sans effort le spectateur avec lui, grâce à un découpage précis et élégant, qui se renouvelle sans cesse, et une énergie dans la mise-en-scène qui fait plaisir à voir. Jamais il ne cherche à singer ni à placarder ses influences : elles sont là en toile de fond, et il assure pleinement son rôle de Monsieur Loyal, mettant en avant successivement les performances de ses comédiens. En effet le scénario astucieux de Matthew Robinson ( The Invention of Lying, Dora et La Cité Perdue ) n’hésite pas à s’interrompre pour aller explorer le passé proche de membres du groupe sélectionné par Sam Rockwell, afin de développer ses thèmes par petites touches plus personnelles… Good Luck, Have Fun, Don’t Die, c’est 12 Monkeys vs Black Mirror.

Weapons, mais en réussi.
L’année dernière, le film Weapons ( Évanouis ) s’était essayé à ce procédé, en se viandant totalement la tête la première. Le film était totalement incohérent, laissait tomber des fils narratifs quand il se sentait plus de les explorer, et finissait par être tout simplement arbitraire, écrit au fil de la plume sans jamais se relire… Good Luck Have Fun Don’t Die vient lui donner des leçons. Les flashbacks des personnages n’entrent pas ( ou très peu ) en interaction, ce qui fait qu’il n’y a pas de place pour des incohérences massives, et chaque segment vient ajouter une pierre à son édifice. Il subsiste un peu d’arbitraire et quelques éléments inexpliqués au terme de l’intrigue, mais jamais la nature même du récit ne mise tout sur eux. A aucun moment on ne trouvera ses segments gratuits ou inutiles… Et ils sont l’occasion pour les acteurs secondaires d’avoir leur tour sous les feux des projecteurs et de briller. Michael Peña, Zazie Beetz, Juno Temple sont superbes, trouvant constamment l’équilibre entre émotion à fleur de peau et pathétisme drolatique… Mais la grande révélation du film sera Haley Lu Richardson, en mystérieuse jeune femme en robe de princesse, allergique au Wi-Fi… Aperçue il y a dix ans aux côtés d’Anya Taylor-Joy dans Split, elle crève littéralement l’écran. À partir d’aujourd’hui vous retiendrez son nom.

Indépendant Day
Tourné en Afrique du Sud pour un budget modeste ( 23M$ ) Good Luck Have Fun Don’t Die vient rappeler si besoin en était que le 7e Art ne saurait se résumer à une poignée de films surfriqués qui n’ont plus rien à raconter… Le fait de voir ce genre de production parvenir à nos écrans est en soi déjà une bonne nouvelle. Et si jamais il ne rivalisera avec la maestria délirante d’un Everything Everywhere All at Once, en tant que divertissement total et saugrenu, il fait son travail, et mérite qu’on s’y penche… Le public Français suivra-t-il ? Réponse le 15 Avril dans les salles.

