Après l’impressionnant – bien qu’incomplet – The Brutalist, le duo Brady Corbet / Mona Fastvold remet le couvert, sauf que cette fois c’est Mona qui officie au poste de réalisatrice. Son troisième long métrage narre les tribulations et mésaventures d’intégristes religieux regroupés autour d’Ann Lee, une grande illuminée qui va les mener hors du joug britannique et sur le sol américain peu avant la guerre d’indépendance.
L’histoire : Née à Manchester au XVIIIe siècle, Ann Lee grandit en travaillant dans une usine de coton et développe une profonde peur de la sexualité suite à un traumatisme d’enfance. Elle rejoint un groupe de quakers radicaux qui pratiquent un culte extatique et épouse Abraham, un autre croyant. Après la mort de ses quatre enfants elle est frappée d’une vision : le sexe est la source du péché originel et toute sa vie prônera le célibat. Ses disciples la proclament Messie féminin, « Mère Ann ». Face aux persécutions religieuses en Grande-Bretagne, elle conduit ses disciples, les Shakers, à travers l’Atlantique, afin d’y établir leur communauté.
Notre avis : Le Testament d’Ann Lee est une bien curieuse œuvre, hybridation improbable entre drame rugueux en costume et comédie musicale. Ann et ses suiveurs ne refusent jamais une occasion de chanter, même quand le sort s’acharne. Ça aurait rapidement pu en faire une expérience inédite et envoûtante, et la BO est à écouter d’urgence, mais une grosse branche va venir se poser en travers des rails bien huilés de la narration.

Hagiographie
Une voix off intolérable vient expliciter et décortiquer la moindre action, aussi bien à l’écran qu’hors champ. Tout le temps, chaque scène, chaque inflexion. Déjà c’est épuisant pour le spectateur, mais ça annihile en lui toute volonté de participer activement à l’expérience, tout anesthésié qu’il est. On suit donc le film privé de sa capacité à penser pour soi-même, et ça n’est même pas une mise en abîme ou un discours sur l’endoctrinement… c’est juste une voix off pénible. Par conséquent, le caractère hagiographique en devient douteux, et pour ma part j’en suis venu à détester Ann Lee, et souhaiter qu’elle meurt noyée dans du purin ! Cette abrutie aux œillères démesurées à passé sa vie à fuir, ostraciser ou briser ses proches pour nulle autre raison qu’elle voulait chanter un peu plus loin.

Brutal
Le film a beau déployer de grands efforts pour paraître grand, belle lumière, très solides performances, il semble durer bien plus longtemps que The Brutalist, alors qu’il dure une heure et demie de moins ! Dernier clou dans le cercueil : son troisième acte privilégie l’hystérie collective à une véritable exploration des sentiments convergents et contrariés. C’est bien dommage, le projet avait de quoi plaire. Néanmoins, la BO devrait gagner l’oscar l’an prochain… Affaire à suivre !

