La femme de ménage (film)

La Femme de Ménage – J-Turn pour la représentation des genres à l’écran – La Critique

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Avant toute chose, ce texte prend en compte uniquement l’adaptation audiovisuelle et non le roman originel. Roman qui, d’ailleurs, porte en lui la promesse d’être obligatoirement moins pire, même si la surprise pourrait être au rendez-vous. La Femme de Ménage a donc été vu sans aucun a priori, sans aucune attente, et sans aucune autre volonté que de « passer un bon moment ». C’est donc avec le désir de rendre hommage au manque de subtilité général du film que cette critique sera faite. Bombons la poitrine et sortons nos biceps, le reste importe visiblement bien peu.

L’histoire : Une jeune femme au passé trouble est recrutée par une femme mariée, mère de famille, pour devenir la femme de ménage du foyer.

Notre avis : Il faut prendre dix minutes pour imaginer ce qui se passerait si un 24 décembre 2025 sortait un film qui, souhaitant traiter de l’emprise toxique masculine, utiliserait – pour attirer les spectateurs – les mêmes arguments qu’il aurait dû pourtant dénoncer. Que la vie secrète des personnages ayant une situation sociale élevée et, évoluant dans les quartiers chics, soit source d’attrait pour le public est un fait entendu. Qu’en plus de leur richesse évidente, ces mêmes personnages soient l’incarnation d’une certaine beauté canonique pour le public cible, pourquoi pas. Néanmoins, les enjeux sous-tendus par l’érotisation des corps dans La Femme de Ménage peuvent être problématiques. Avec Sydney Sweeney en tête d’affiche, quelle ne fût pas la surprise de constater qu’elle n’avait pas été retenue pour le rôle de Nina Winchester, femme mariée et en apparence hystérique, donc non-désirable (jouée par Amanda Seyfried), mais pour le rôle de Millie Calloway, femme de ménage mystérieuse, faussement distante avec les attraits masculins, et donc, femme totalement désirable. Bien évidemment, cette surprise quant à la répartition des deux rôles féminins est ironique. Le véritable étonnement a été suscité par Brandon Sklenar qui, visiblement, a procédé à un entraînement intensif pour son rôle. Acteur au gabarit déjà conséquent (1m88) par-rapport à ses deux partenaires (1m60), la mise en scène joue de ces différences pour exacerber la caricature d’une virilité protectrice (et donc la caricature d’une fragilité féminine, notamment psychologique qui n’est d’ailleurs jamais développée dans le film). Cette valeur protectrice de l’homme, reconnu comme parfait par la gente féminine présente dans le film, évolue – comme le personnage – vers l’incarnation de la violence physique et psychologique. Caricaturalement, là encore.

Brandon Sklenar et Amanda Seyfried, oui, dans ce film, la taille compte
Brandon Sklenar et Amanda Seyfried, oui, dans ce film, la taille compte © Metropolitan Filmexport

Couvrez ce biceps que je ne saurais voir…

C’est un joli pied-de-nez aux critiques pro female gaze qui avaient déjà dû préparer un papier sur la manière dont allait être filmée Sydney Sweeney. Paul Feig réussit ici à déplacer la scoptophilie davantage sur le personnage masculin, la rendant – quelle tristesse, puisque c’est sans le vouloir – encore plus malsaine. Non seulement, La Femme de Ménage fait reculer de quelques décennies la représentation du corps masculin à l’écran et, dans un même mouvement, cherche à lui concéder une attirance fantasmée, fantasmante ET une domination par une violence non-consentie qui, de ce fait, se pare elle aussi du voile du fantasme. Révélation : l’homme fantasmé est toxique. Précision salvatrice : seuls les hommes riches et mariés le sont. Suggestion douteuse : les femmes qui veulent bénéficier d’un statut social élevé dépendent des hommes pour y accéder. Solution imparable : faire en sorte qu’une femme « plus forte » prenne la place de la « femme victime » pour qu’elle puisse mettre un terme à l’existence de ces hommes violents. Il faut remercier le film d’intégrer une femme dans la police afin de justifier que les meurtres « bienveillants » puissent être couverts par un hochement de tête complice. La sororité est donc LE message « féministe » à retenir du film puisque Sydney Sweeney réussit ce que ne peut apparemment pas faire Michele Morrone, jardinier-spectateur de la toxicité du couple. En toute objectivité, ce n’est pas le premier film – ni le dernier – à mélanger attirance et danger pour un genre, le souci dans La Femme de Ménage est que la réalisation souffre à tous les niveaux (même le doublage en français est catastrophique, c’est dire), et ne semble pas prendre du recul sur sa propre forme qui, de ce fait, en devient problématique.

Sydney Sweeney, prête à prendre la place d’Amanda Seydried ?
Sydney Sweeney, prête à prendre la place d’Amanda Seydried ? © Metropolitan Filmexport

Let’s Twist Again

L’argument potentiel qui viendrait faire objection en brandissant le roman originel de Freida McFadden ne serait pas recevable puisque la fin aurait pu, si ce n’est sauver le film, faire évoluer le propos en n’encourageant pas, par exemple, l’idée que la toxicité est forcément masculine. L’excuse de l’adaptation fidèle a ses limites et certains très bons réalisateurs ont su se libérer du carcan de l’œuvre adaptée pour proposer leur vision. Enfin, Que les hommes hétérosexuels soient rassurés, la toxicité féminine n’en est encore qu’au stade de la spéculation. Que les femmes hétérosexuelles se rassurent, leur conjoint n’est pas à considérer comme toxique tant qu’il ne les enferme pas dans une pièce isolée pour monnayer leur liberté contre leur auto-mutilation. Et, rappelez-vous, si vous êtes une femme victime des violences psychologiques décrites ci-dessus, il vous suffit de vous trouver une remplaçante qui sera la prochaine proie de votre mari. La morale sera évidemment sauve si ladite remplaçante peut répondre à la violence par… la violence ?

La femme de ménage - affiche du film


Auteur/autrice

  • Marion Labouebe

    Responsable de cinéma en Isère - Rédactrice pour Dcp Mag