Universal Pictures semble aujourd’hui lancer une bouée de sauvetage aux cinémas en dévoilant un nouveau plan destiné à prolonger la durée d’exploitation de ses films en salle. Voilà désormais plus de six ans que la COVID-19 a été déclarée pandémie mondiale, provoquant la fermeture des cinémas pendant de longs mois et poussant nombre de studios à se tourner vers le streaming pour diffuser leurs productions. Lorsque les salles ont finalement rouvert leurs portes, une nouvelle norme s’était déjà installée : des fenêtres d’exploitation en salle considérablement raccourcies. Universal Pictures avait d’ailleurs largement contribué à ce basculement, le studio n’hésitant pas à proposer certains de ses films en Premium Video on Demand (PVOD) après seulement 17 jours d’exploitation. Six ans plus tard, le même Universal semble désormais amorcer un virage… et faire, en partie, marche arrière.
Selon le New York Times, Universal Pictures s’engage désormais à respecter une fenêtre d’exploitation en salles de cinq week-ends pour l’ensemble de ses films à partir de 2026, une mesure qui entrera en vigueur avec la sortie de l’adaptation du roman de Colleen Hoover, Reminders of Him. Le programme 2026 du studio s’annonce d’ailleurs particulièrement dense, avec notamment The Super Mario Galaxy Movie, The Odyssey de Christopher Nolan, Disclosure Day de Steven Spielberg, Minions and Mayhem, Fockers-in-Law ou encore Violent Night 2. Universal prévoit même d’aller plus loin en étendant cette fenêtre d’exploitation à sept week-ends dès 2027. À noter toutefois que ce nouvel accord ne concerne pas Focus Features, la filiale du groupe spécialisée dans le cinéma indépendant, qui continuera de distribuer des titres comme Hamnet, Bugonia ou Song Sung Blue.

L’art de troller le streaming
Au sujet de ce changement, Donna Langley, dirigeante chez Universal Pictures, a déclaré : « Notre stratégie de diffusion a toujours été conçue pour évoluer avec le marché, mais nous croyons fermement en la primauté de l’exclusivité cinématographique et travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires d’exploitation afin de soutenir un écosystème cinématographique sain et durable. » Une position qui n’a rien d’anodin lorsque l’on se souvient que c’est précisément Universal qui, il y a six ans, au début de la pandémie de COVID-19, avait contribué à raccourcir drastiquement la fenêtre d’exploitation en salles. La décision du studio de sortir Trolls World Tour directement en PVOD plutôt que de repousser sa sortie avait alors déclenché une vive polémique, provoquant la colère de nombreux exploitants. AMC avait même annoncé qu’il ne projetterait plus les films Universal dans ses salles. Après deux mois de tensions, les deux parties avaient finalement trouvé un terrain d’entente : un accord autorisant Universal à proposer ses films en PVOD après seulement 17 jours d’exploitation, une option généralement réservée aux productions dont les recettes au box-office restaient inférieures à 50 millions de dollars.

« Project Popcorn » : le grand pari
Cette fameuse fenêtre d’exploitation en salles de 17 jours a également ouvert la voie à ce que l’on a appelé le « Project Popcorn » de Warner Bros., initiative qui consistait à sortir l’ensemble des films du studio prévus pour 2021 simultanément en salles et sur HBO Max. Une décision particulièrement controversée, qui a finalement conduit Warner Bros. à perdre l’un de ses plus prestigieux cinéastes : Christopher Nolan, lequel a choisi de confier son film suivant, Oppenheimer, à Universal Pictures. En 2022, Warner Bros. a finalement adopté une nouvelle fenêtre d’exploitation en salles de 45 jours, devenue depuis une sorte de norme dans l’industrie — bien loin des 90 jours qui prévalaient avant la pandémie. Disney, de son côté, tend encore à maintenir ses films en salles pendant environ 60 jours. Concernant le nouvel accord d’Universal visant à prolonger cette exclusivité, le PDG d’AMC, Adam Aron, s’est montré enthousiaste : « AMC Theatres apprécie la confiance d’Universal Pictures dans la force et l’avenir de l’exploitation en salles. L’engagement continu d’Universal en faveur de l’exploitation en salle est extrêmement bénéfique pour AMC et renforce l’ensemble de l’écosystème cinématographique. » De nombreux exploitants estiment en effet que la réduction drastique de la fenêtre d’exploitation a progressivement conditionné une partie du public à attendre la disponibilité des films à domicile plutôt que de se rendre en salle. Une étude récente a ainsi révélé qu’à peine la moitié des adultes américains sont allés au cinéma en 2025, la génération Z apparaissant désormais comme l’un des marchés les plus dynamiques pour l’avenir du secteur. Le box-office, lui, n’a toujours pas retrouvé les sommets atteints juste avant la pandémie de COVID-19 — et il est possible qu’il ne les atteigne plus jamais. Pourtant, maintenir l’engagement envers l’expérience cinématographique et continuer d’attirer le public vers les salles demeure crucial, d’autant plus que l’industrie pourrait connaître de nouveaux bouleversements. La fusion potentielle entre Warner Bros. et Paramount Skydance, qui se profile à l’horizon, risque en effet de réduire encore le nombre de films produits. Dans ce contexte, chaque décision visant à renforcer l’exploitation en salle prend une dimension stratégique pour l’ensemble du paysage cinématographique. Rappelons-le avec force : l’expérience collective du septième art en salle mérite d’être défendue. Car le jour où elle ne sera plus qu’une peau de chagrin, il sera déjà trop tard pour regretter ce que nous aurons laissé disparaître !

