Battle Royale

Selon Tarantino « Hunger Games » a plagié un classique japonais.

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Quentin Tarantino fustige « Hunger Games » pour avoir « plagié » un classique du cinéma d’action

Quentin Tarantino, réalisateur et scénariste oscarisé à qui l’on doit des œuvres telles que Pulp Fiction, Inglourious Basterds ou encore le splendide Once Upon a Time… in Hollywood, s’apprête à revenir sous les projecteurs en scénarisant la suite de ce dernier. Comme rappelé dans notre précédent article consacré au film, l’excellent Jean-Baptiste Thoret – dont nous partageons l’enthousiasme – résume mieux que personne la puissance de ce long-métrage. Citons-le : « De toute évidence, un chef-d’œuvre, mieux, un vertige (…) Possibilité d’une utopie vraie qui, nous le savons tous, n’a pas eu lieu (…) ». Sans oublier son tacle délectable envers les détracteurs du film, présentés comme « des wannabee critiques, des momies en phase terminale de débandage ou des animateurs culturels aveugles, voire révisionnistes (c’est pire). (…) Who cares ? Who are they ? ». Quoi qu’il en soit, le réalisateur du volubile – et brillant – Les Huit Salopards s’est récemment illustré en affirmant que le roman dystopique young adult The Hunger Games – et la franchise cinématographique qui en découle – avait plagié le classique japonais Battle Royale. Tarantino n’a jamais caché son admiration pour l’adaptation du roman de Koushun Takami, allant jusqu’à dire qu’il s’agit du film qu’il aurait rêvé de réaliser. Une passion intacte (que l’on partage), qui le pousse aujourd’hui à critiquer ouvertement Suzanne Collins, l’autrice de Hunger Games, pour avoir – selon lui – repris l’histoire de l’un de ses films fétiches.

Le célèbre réalisateur est récemment apparu dans le podcast de Bret Easton Ellis, où il est revenu sur les évidentes similarités entre Battle Royale et The Hunger Games. Rappelons que la saga littéraire de Suzanne Collins, devenue une franchise cinématographique de plusieurs centaines de millions de dollars portée par Jennifer Lawrence, a éclipsé dans (une partie de) l’imaginaire collectif son prédécesseur japonais. Ce dernier, adapté en deux films cultes en 2000 et 2003, n’a jamais bénéficié d’un retentissement comparable auprès du public. Tarantino, lui, n’a jamais caché son admiration absolue pour Battle Royale — au point d’avoir confié à Chiaki Kuriyama, l’une des actrices emblématiques du film, le rôle de Gogo Yubari dans Kill Bill: Volume 1. Dans le podcast, il s’emporte ouvertement contre Suzanne Collins et s’interroge sur l’absence totale de poursuites judiciaires : « Je ne comprends pas pourquoi l’écrivain japonais n’a pas poursuivi Suzanne Collins pour tout ce qu’elle possède. Ils ont carrément plagié le livre. Les critiques littéraires stupides n’allaient pas aller voir un film japonais intitulé Battle Royale, donc ils ne lui ont jamais rien dit. Ils ont affirmé que c’était la chose la plus originale qu’ils aient jamais lue. Dès que les critiques de cinéma ont vu le film, ils ont dit : “C’est quoi ce bordel ? C’est juste Battle Royale en version PG !” »

Si Rian Johnson et Alfonso Cuarón avaient été pressentis pour réaliser les premiers films, c’est finalement Francis Lawrence qui a lancé les hostilités en prenant les commandes de la saga
Si Rian Johnson et Alfonso Cuarón avaient été pressentis pour réaliser les premiers films, c’est finalement Francis Lawrence qui a lancé les hostilités en prenant les commandes de la saga © Metropolitan FilmExport

Hunger Games et Battle Royale : jusqu’où vont les ressemblances ?

Depuis la parution du premier roman Hunger Games en 2008, de nombreuses voix ont pointé du doigt ses ressemblances avec d’autres œuvres littéraires ou cinématographiques. La comparaison la plus évidente reste bien sûr Battle Royale, tant les parallèles paraissent flagrants — et malgré l’extension de l’univers imaginé par Suzanne Collins, le cœur du dispositif demeure inchangé : des adolescents contraints de s’entretuer dans un jeu mortel, soit précisément le postulat du roman de Koushun Takami publié en 1999. Mais l’arbre japonais ne cache pas toute la forêt des influences possibles. Hunger Games entretient également un air de parenté avec Seventh Victim, une nouvelle de science-fiction des années 1950 décrivant une société future où des chasses humaines légales servent de soupape sociale. D’autres récits pourraient également avoir nourri l’imaginaire de Collins : The Long Walk et The Running Man de Stephen King, deux dystopies où des compétitions de survie, transformées en spectacles médiatiques, sont érigées en norme collective.

Au Japon, de nombreux parlementaires ont tenté – sans succès – de faire interdire le roman, puis le film. Ironie du sort : ces tentatives de censure n’ont fait qu’amplifier leur succès. Le public, intrigué par la polémique, s’est rué en librairie et en salles pour découvrir ce qui pouvait bien susciter un tel scandale
Au Japon, de nombreux parlementaires ont tenté – sans succès – de faire interdire le roman, puis le film. Ironie du sort : ces tentatives de censure n’ont fait qu’amplifier leur succès. Le public, intrigué par la polémique, s’est rué en librairie et en salles pour découvrir ce qui pouvait bien susciter un tel scandale © Toei

Battle Royale fête ses 25 ans… Un anniversaire symbolique — et décidément très tendance ces temps-ci (voir également notre article sur 24)

Pour sa part, Suzanne Collins a tenu à clarifier les choses dès 2011. Interrogée sur les ressemblances entre Hunger Games et Battle Royale, l’autrice affirmait n’avoir jamais eu connaissance du roman ni de son adaptation cinématographique avant d’avoir terminé son propre manuscrit : « Je n’avais jamais entendu parler de ce livre ni de cet auteur avant que mon livre ne soit rendu. À ce moment-là, on m’en a parlé et j’ai demandé à mon éditeur si je devais le lire. Il m’a répondu : “Non, je ne veux pas que tu aies ça en tête. Continue simplement ce que tu es en train de faire.” »

Battle Royale (affiche)

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