Film: Heat

Heat fête aujourd’hui ses 25… jeunesse éternelle pour ce chef-d’œuvre intemporel !

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Le chef-d’œuvre de Michael Mann fête aujourd’hui les 25 ans de sa sortie dans les salles américaines ! La pierre angulaire d’une filmographie hors-norme, que le mythique réalisateur présentait au festival Lumière de Lyon dans une sublime version restaurée en 2017, est de retour sur le devant de la scène à l’occasion de son anniversaire ! 

film Heat - plan culte

L’histoire : La bande de Neil McCauley à laquelle est venu se greffer Waingro, une nouvelle recrue, attaque un fourgon blindé pour s’emparer d’une somme importante en obligations. Cependant, ce dernier tue froidement l’un des convoyeurs et Chris Shiherlis se retrouve obligé de « terminer le travail ». Neil tente d’éliminer Waingro, mais celui-ci parvient à s’échapper. Parallèlement, le lieutenant Vincent Hanna mène l’enquête…

Notre avis : 25ans. Comment évoquer un tel chef-d’œuvre, quand on le porte au plus profond de soi-même depuis 25 ans ? A priori, le challenge est insurmontable, mais essayons quand même… Quinze ans après son formidable Le Solitaire (coup d’essai pour le cinéma, coup de maître), Michael Mann réalisait donc Heat, un film aujourd’hui considéré par les plus grands spécialistes tel un film « cathédrale », mais qui fut traité en son temps comme une belle réussite formelle. De nos jours, difficile de ne pas déceler en ce patrimoine cinématographique une œuvre nihiliste, un film somme, désabusé, grimé en projet de l’entertainment dont l’argument de vente était la réunion de deux acteurs légendaires. De Heat, les cinéastes contemporains – tels que Christopher Nolan – retiennent une source intarissable d’inspiration. Alors après deux décennies d’adoration cinéphilique, il est temps – pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait ; mais en reste-t-il ? – de découvrir le director’s cut définitif, supervisé par Mann himself !

Film: Heat

Comme en 1995, tout débute sur le quai d’une gare de L.A. (qui trouvera un tonitruant écho dans Collatéral) au son des notes envoûtantes de la plus belle composition d’Elliot Goldenthal. Une composition parée d’un bleu « mannien », qui retranscrit à merveille l’obsession pour la solitude d’une création qui, pourtant, se joue en permanence d’un thème récurrent de la filmographie du metteur en scène : la dualité. De Neil McCauley (impérial De Niro), on retiendra – entre autres –  sa caractérisation le temps d’un plan emblématique dont la subtile intertextualité remémore la peinture Pacific, d’Alex Colville. L’HK USP de De Niro est posé dans le champ de la caméra alors que son personnage se ressource par la simple vision d’un azur monoïde bleuté (comme le rappelle, Rockyrama, « le Bleu est presque désormais synonyme de Mann au cinéma »). Cette matérialisation d’un versant affectif ressenti par le criminel endurcit – bien qu’a priori traitée en filigrane -, est à rattacher à l’essence même du long métrage, dont l’enjeu principal demeure la conduction de ses protagonistes vers un ailleurs utopique.

Mais comme souvent chez Mann, ce qui le taraude est multiple. Tous les cinéphiles savent que l’une des maximes du maestro reste : « J’ai besoin de plusieurs niveaux de lecture, sentir une frontière que je n’ai pu franchir ». Car si dans ses films contemporains, l’humanité doit faire face à un état des lieux qui rend l’humeur adventice (dans le sens où l’homme va devoir composer avec le bilan du monde moderne), Heat déroule dès l’introduction une ère de réseaux contemporains palpables. Si le long métrage symbolise l’histoire d’un voyage salvateur qui n’aura jamais lieu, c’est qu’en son sein se joue le troc d’humains au profits de valeurs, du libéralisme incontrôlé et incontrôlable. En admettant que dans sa trilogie du numérique (Collatéral, Miami Vice et Blackhat), les protagonistes ploient sous la pression des flux et des réseaux, Heat représente alors une (des) frontière(s) que l’on franchit : celle de la fin d’une ère. Peut-être encore plus précisément la fin d’un cycle et d’une certaine façon de bâtir le septième art. La fin d’un cycle historique. La fin d’un mouvement politique. La fin d’un mouvement culturel…

film Heat - scène culte

Et puis, elle est là. Gravée dans le marbre. LA fusillade anthologique. Un cas d’école dévastateur évoquant La Horde sauvage, de Peckinpah. Et ce n’est pas un hasard ! Heat est peckinpahien dans son approche frontale du genre, presque un western qui enterre une bonne fois pour toutes la mythologie cinématographique de toute une époque… en ouvrant les portes d’un monde nouveau que les figures mythiques ne peuvent plus comprendre. Jean-Baptiste Thoret dira d’ailleurs du film qu’il est « La Horde sauvage inversé ». Pour se convaincre de la réalité de ce parti pris, on peut lorgner du côté du lieutenant Vincent Hanna (halluciné et hallucinant Pacino), qui se gausse de « la crèche de merde naze, tech post-moderne et ultra branchée  » de l’ex-mari de son épouse. Mann cherche finalement à capter par petites touches subtiles la condition d’êtres humains dépassés et désabusés, qui se vouent corps et âme à un monde « professionnel  » qui reste, de façon contradictoire, leur seul et unique assujettissement.

Mais se laisser aller aux multiples beautés de Heat, en saisir la substance même, c’est comprendre que l’un de ses principaux éclats réside dans la caractérisation de l’un de ses protagonistes : Los Angeles. Rarement (à aucun moment ?) une ambiance urbaine aura autant servi le fond et la forme d’un long métrage. À la fois Cité des anges brillant de milles feux et berceau d’un piège où l’espoir n’a pas (plus) droit de cité… L.A. n’aura jamais autant bien serti les pensées mélancoliques et désespérées d’un Michael Mann qui, pour citer Gérard de Nerval, sait mieux que quiconque que « La mélancolie est une maladie qui consiste à voir les choses comme elles sont.  » Un chef-d’œuvre absolu qui, aux côtés du Casino de Scorsese, marque de son empreinte indélébile les pages de l’histoire du cinéma des années 90… et bien plus encore !

Test du Blu-ray « édition définitive » paru en février 2017

Les suppléments :

Au niveau des suppléments, en plus de ceux que l’on trouvait déjà sur l’édition Warner – un commentaire audio de Michael Mann, des scènes coupées, un excellent making of, un flashback sur la scène mythique de conversation entre De Niro et Pacino et une virée dans Los Angeles sur les multiples lieux du tournage, pour conclure par les habituelles bandes-annonces -, on découvrira avec passion un échange avec Michael Mann enregistré à Toronto en 2015, ainsi qu’à l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, en 2016, avec… Christopher Nolan (fortement influencé par Mann). Une édition enfin complète, que l’on attendait depuis bien trop longtemps !

L’image :

Une Haute Définition qui frise la perfection. La sublime photographie de Dante Spinotti reçoit enfin l’hommage qu’elle mérite : la définition est parfaite, le piqué est parfait, les contrastes, et notamment le rendu des noirs, sont parfaits. Rien à dire, si ce n’est un grand merci au travail sur le master 4K supervisé par le metteur en scène lui-même.

Le son :

La VO (à utiliser obligatoirement) dévoile un DTS-HD Master Audio 5.1 qui magnifie les ambiances comme jamais auparavant. La VF possède un mixage en DTS 5.1. Pas de HD donc, mais une version française tout de même supérieure au 5.1 de l’édition Warner.